Assurances des oeuvres d’art: comment protéger sa collection privée?

Assurer une œuvre d’art ou sa collection est essentiel pour protéger son patrimoine.

Les collectionneurs pensent souvent qu’il est trop onéreux d’assurer leur collection d’oeuvres d’art. Il semblerait que moins d’un tiers des collections soit assuré en France.

S’il est vrai que certains collectionneurs présentent leur collection à des journalistes pour une publication dans des magazines spécialisés en art ou non, que d’autres ouvrent leurs portes à des spectateurs lors de visites privées organisées par des musées ou des groupes d’achat d’art, voire à des amateurs sélectionnés par des galeries, il n’en demeure pas moins que le collectionneur français ne montre pas facilement l’étendue de sa collection. Un rapport de confiance doit donc s’établir avec ses conseils qui devront être d’une grande discrétion.

Le deuxième frein est peut-être lié au fait que les assurances proposées ont souvent été inadaptées à la vie des œuvres et à leur nature. En effet, certaines œuvres voyagent pour être exposées à l’étranger ponctuellement. D’autres oeuvres ont été réalisées in situ, sur ou dans les murs mêmes d’un appartement, d’une maison ou encore sont intégrés dans un espace naturel, un jardin ou un parc. Les collectionneurs ne trouvaient pas réellement d’interlocuteurs prenant en compte ces situations diverses. En outre, la concurrence sur le marché de niche de l’assurance des oeuvres d’art ne permettait pas de faire de véritable choix, ce qui dissuadait souvent les collectionneurs qui ne s’assuraient pas.

L’assurance du marché des oeuvres d’art est née dans les années 80 et a connu une réelle évolution. De plus en plus d’assureurs ont  compris que le marché de l’art est en pleine croissance. Ils ont tout intérêt à proposer des produits adaptés et à se former. Depuis ces cinq dernières années, je rencontre des assureurs nouveaux qui connaissent de mieux en mieux le marché de l’art. Certains ont disparu. Les plus anciens acteurs du marché tentent de se montrer  innovants mais ne sont pas toujours flexibles lors des négociations.

Notons que s’il n’y a pas pas toujours de rapport de forces lors de la négociation d’un contrat d’assurance pour une collection privée, il existe fréquemment pour assurer une exposition. En effet, la rentabilité de cette dernière et les risques de sécurité seront examinés à la loupe. S’il s’agit d’une exposition pour des institutions publiques, elles soumettent à appel d’offres l’assurance des expositions organisées, conformément au Code des marchés publics. De manière générale, l’organisateur d’une exposition devra assurer toutes les oeuvres empruntées de clou à clou ( qui traduit littéralement l’expression anglaise « wall to wall »). Le transporteur propose parfois une assurance intégrée. Ce point fera  l’objet d’une prochaine brève.

Cette brève a pour but de répondre à la question de savoir comment s’assure une œuvre d’art dans une collection privée.

Rappelons que les oeuvres d’art sont énumérées à l’article 98 A du Code général des impôts:

  • tableaux, collages, tableautins similaires, peintures et dessins, entièrement exécutés à la main par l’artiste, à l’exclusion des dessins d’architectes, d’ingénieurs et autres dessin industriels, commerciaux, topographiques ou similaires, des actifs manufacturés décorés à la main, des toiles peintes pour décors de théâtres, fonds d’ateliers ou usages analogues;
  • gravures, estampes et lithographies originales tirées en nombres limité directement en noir ou en couleurs, d’une ou plusieurs planches entièrement exécutées à la main par l’artiste, quelle que soit la technique ou la matière employée, à l’exception de tout procédé mécanique ou photomécanique;
  • à l’exclusion des articles de bijouterie, d’orfèvrerie et de joaillerie, productions originales de l’art statutaire ou de la sculpture en toutes matières dès lors que les productions sont exécutées entièrement par l’artistes, fontes de sculpture à tirage limité à huit exemplaires et contrôlé par l’artiste ou ses ayants droit;
  • tapisseries et textiles muraux faits à la main, sur la base de cartons originaux fournis par les artistes, à condition qu’il n’existe pas plus de huit exemplaires de chacun d’eux;
  • exemplaires uniques de céramique, entièrement exécutés par l’artiste et signés par lui;
  • émaux sur cuivre, entièrement exécutés à la main, dans la limite de huit exemplaires numérotés et comportant la signature de l’artiste ou de l’atelier d’art, à l’exclusion des articles de bijouterie, d’orfèvrerie et de joaillerie;
  • photographies prises par l’artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus.

La définition du Code général des impôts ne correspond pas au marché de l’art actuel. En effet, de nombreuses oeuvres telles que les oeuvres numériques ne sont pas listées pourtant certaines sont vendues plusieurs millions d’euros dans les salles des ventes aux enchères.

Les assureurs ne peuvent donc pas se limiter à la définition juridique et fiscale des oeuvres d’art pour accompagner les clients dans la protection de leurs collections contre les risques majeurs à savoir le vol et les dommages qui pourraient être liés, par exemple, à des intempéries ou des dégâts causés in situ ou lors du transport.

Il y a trois étapes clefs pour assurer ses oeuvres d’art :

  • l’expertise des oeuvres d’art ;
  • l’audit de la sécurité du lieu où les œuvres sont stockées et/ou exposées;
  • la négociation du contrat d’assurance.

Sur l’expertise des oeuvres d’art:

L’expertise va permettre de déterminer la valeur des oeuvres d’art le jour de la souscription de l’assurance.

Je recommande de faire appel à un expert extérieur à la compagnie d’assurance choisie.

Il est possible de s’adresser par exemple:

  • au Syndicat  Français des Experts Professionnels en Oeuvres d’art et en Objet de collection (SFEP) qui regroupe plus de 120 membres à ce jour répartis par spécialités;
  • à la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en objet d’art et de collection (CNES) qui regroupe notamment de nombreux experts spécialisés en art contemporain.

L’expertise va permettre d’authentifier la valeur des oeuvres composant la collection. L’expert examinera notamment sa rareté sur le marché et son importance historique.

Sur l’audit de sécurité:

Certaines compagnies d’assurances ont mis en place leur propre système d’évaluation des risques dédiés aux lieux de stockage des oeuvres.

L’audit permet d’identifier les risques conformément à des critères de sécurité tels que:

  • la sécurité structurelle des lieux;
  • la sécurité électronique;
  • la sécurité physique assurée par des gardiens;
  • le système anti-incendie.

L’audit permet également d’obtenir des conseils pour l’amélioration de la sécurité.

Si les risques évalués par l’expert mandaté par la compagnie d’assurance sont trop importants, et que le collectionneur n’envisage pas de faire des améliorations concernant la sécurité des lieux avant la souscription, il n’est pas rare de constater que la compagnie refuse de protéger la collection.

Vous pourrez toujours obtenir un autre avis mais les critères de sécurité étant standardisés, il est vraisemblable que le premier refus ne sera pas l’unique.

Je recommande toutefois de faire faire deux audits de sécurité avant de négocier un contrat d’assurances.

Sur la négociation du contrat d’assurances:

Il conviendra de déterminer le comportement du collectionneur conformément à divers paramètres avant  la souscription:

  • le collectionneur pense-t-il augmenter sa collection à plus ou moins court terme?
  • le collectionneur pense-t-il vendre des pièces à plus ou moins court terme?
  • le collectionneur souhaite-t-il faire voyager sa collection ou certaines pièces pour les exposer dans des musées, lors d’exposition privées par exemple, ou du fait d’un déménagement qu’il envisage?

Le comportement du collectionneur permettra de rédiger des conditions particulières annexées aux conditions générales. Ce contrat devra être adaptée à chaque collection.

La prime du contrat sera déterminée également en fonction de l’expertise évaluant la valeur de la collection. Il faut savoir que les assureurs proposent deux types de valeur pour chaque objet à la souscription du contrat d’assurance: la valeur agréée et la valeur déclarée.

La valeur d’une oeuvre d’art assurée en valeur déclarée est déterminée théoriquement à la souscription. En cas de sinistre, il appartiendra à l’assuré de rapporter la preuve de la valeur de l’oeuvre endommagée. Il pourra bien entendu produire la preuve d’achat, s’il l’a toujours en sa possession, ou la preuve du prix des ventes récentes des oeuvres de l’artiste. Le problème majeur est qu’entre la date d’achat et la date du sinistre, la valeur de l’oeuvre a pu évoluer fortement à la hausse. Cette charge de la preuve peut être source de nombreux conflits.

La valeur agréée est la valeur d’une oeuvre d’art assurée au moment de la souscription. En cas de sinistre, l’assuré n’aura pas  à rapporter la preuve de la valeur de l’oeuvre.

Selon la nature de l’oeuvre, il conviendra de choisir si l’oeuvre devra être assurée en valeur agréée ou en valeur déclarée. Pour une oeuvre d’art contemporain, la spéculation étant très importante, il conviendra de choisir la valeur déclarée mais de la faire évoluer chaque année en fonction de l’évolution de la cote de l’artiste.

Il y aura donc une véritable analyse stratégique à faire lors de la souscription pour assurer au mieux une collection d’oeuvres d’art.

Après la souscription, le contrat connaîtra donc de nombreux amendements et des avenants seront ajoutés. En effet, le contrat devra être modifié et négocié durant toute la vie de la collection.

Anne-Katel Martineau

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L’art, un héritage universel- le souhait de l’artiste américain Seward Johnson

Lors d’un dîner à New York, j’ai rencontré l’artiste américain John Seward Johnson II dit Seward Johnson, sans le savoir je connaissais déjà plusieurs de ses oeuvres. On dit d’ailleurs qu’il est l’artiste américain, le plus connu et le moins connu…

Effectivement, ses oeuvres monumentales en bronze sont exposées dans les lieux publics de nombreux Etats américains et ont été exposées aussi dans le monde entier. En 2014 et l’an dernier, certaines ont été exposées en France, à Caen et à Paris.

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J’ai été fascinée par sa gentillesse et sa simplicité, son désir de partager son oeuvre avec le plus grand nombre et en l’occurence avec moi, ce soir-là et par la suite… Il m’a expliqué que son rêve était de rendre l’art accessible à tous. L’art a transformé sa vie et peut transformer la vie de chacun d’entre nous.

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J’ai senti la souffrance de l’artiste parfois incompris dans sa démarche mais aussi finalement le prix qu’il a dû payer parfois en étant le « fils de »… Les critiques d’art ont souvent été acerbes. Si les succès ont été maintes fois au rendez-vous durant sa vie bien remplie, il souhaite laisser un héritage pour les spectateurs du futur, titre de l’un de ses livres « Living for legacy ». Il a d’ailleurs acheté en 1992 un très vaste terrain où il expose ses oeuvres et celles d’autres artistes dans son « Grounds for sculptures ». Deux fondations dans le New Jersey et à Santa Monica font également un travail formidable pour faire connaître son oeuvre dans le monde.

Son destin semblait tout tracé, son père était le fondateur de la multinationale médicale et pharmaceutique, Johnson & Johnson. Son service militaire pendant la guerre de Corée l’a marqué. Sans doute qu’ensuite, il n’a plus jamais vu la vie de la même manière. L’urgence de vivre et de s’accomplir avaient pris le dessus. La volonté de laisser sa trace, son empreinte, d’être témoin d’une période et de l’interpréter avec l’utilisation de logiciels afin de rendre des personnages visibles en 3D, de pouvoir les toucher, de pouvoir s’asseoir avec eux pour un déjeuner sur l’herbe et surtout de pouvoir permettre aux autres de le faire afin de partager l’art…

Il commença à réaliser des statues de taille modeste en bronze. Il se fit remarquer et remporta un prix pour son oeuvre « Stainless girl » à l’entrée du Parc Grounds for Sculpture, symbole du début de sa vie d’artiste. Ensuite, il créa sa propre fonderie pour réaliser des sculptures monumentales, de 8 mètres jusqu’à 21 mètres, représentant des personnages de la période impressionniste qui le fascine mais aussi des icônes telles que Marilyn Monroe. Il décide donc de faire sortir les personnages des toiles ou des photographies pour les réaliser en 3D. Son travail a fait l’objet de nombreuses controverses sur l’originalité des oeuvres et sur la valeur artistique intrinsèque de telles productions du fait notamment de l’utilisation de la technologie. Ces critiques semblent absurdes aujourd’hui, selon moi, lorsque l’on observe l’utilisation de toutes les technologies par les artistes, et ce n’est que le début…

Certaines oeuvres ont fait l’objet de procès notamment l’oeuvre « Unconditionnal surrender », symbole de la fin de la guerre qui veut dire beaucoup pour Seward. Elle a été photographiée en février 2014 devant le Mémorial de Caen. Je suis à droite sur la photographie près du pied de l’infirmière. Pour vous donner une échelle, je dois mesurer la taille de deux souliers de l’infirmière, soit 1m70!

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Sans détailler ces procès, ce qui serait trop long pour ce blog, je citerai les arguments  repris sur Wikipédia: « Unconditional » aussi intitulée « Unconditional surrender », que l’on peut traduire par « réddition inconditionnelle », évoque deux photographies célèbres de la même scène, V-J Day in Times Square , du photographe Alfred Eisenstaedt, qui a fait la couverture de Life Magazine en 1945, et Kissing the War Goodbye, de Victor Jorgensen. « L’œuvre provoqua une polémique sur les droits d’auteur. Seward Johnson dit s’être inspiré de la photographie de Jorgensen, libre de droits, mais la reproduction des membres inférieurs et des souliers, non visibles sur la photographie de Jorgensen, est identique à ce qu’on voit sur la photographie d’Eisenstaedt, dont les droits d’utilisation sont protégés ».

L’oeuvre est restée un an devant le Mémorial de Caen. J’ai pu constater que les visiteurs étaient très curieux et intéressés par le travail de l’artiste, original et puissant. Encore une fois, l’oeuvre intitulée « le baiser géant » dans la presse a fait polémique mais cette fois pour une autre raison que celle de l’atteinte aux droits d’auteur. L’association Osez le féminisme a dénoncé une « agression sexuelle comme un symbole de la libération ». Une pétition a circulé pour le retrait de la sculpture qui est restée pour le plus grand plaisir des visiteurs du Mémorial de Caen. Deux plaques ont été apposées devant l’oeuvre pour expliquer les arguments de l’artiste et ceux de l’association. Un compromis a ainsi été trouvé, ce dont j’ai pu me réjouir!

En 2015, le Parc Monceau, dans le 8ème à Paris, a accueilli trois oeuvres durant deux mois. Elles poursuivent actuellement leurs voyages à travers le monde en retournant de temps en temps aux Etats-Unis, leur terre de naissance.

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Peut-être que cet article vous donnera l’envie de les suivre à travers le monde. Seward Johnson aura ainsi atteint son objectif, celui de rendre son art universel et peut-être, immortel…

Sources:

Site officiel:

http://sewardjohnsonatelier.org

Le mécénat culturel: définition et avantages pour les entreprises

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Le mécénat culturel des entreprises se traduit par un don en numéraire, en compétence, en nature ou en technologie au profit d’organismes pour soutenir des oeuvres d’intérêt général.

Il est envisageable pour les entreprises qui sont soumises à l’impôt sur les sociétés quelle que soit la nature de leur activité.

Elles doivent impérativement être assujetties à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés selon un régime réel d’imposition.

Les oeuvres sont dites d’intérêt général si elles revêtent l’un des caractères suivants:

  • philanthropique;
  • éducatif;
  • scientifique;
  • social;
  • humanitaire;
  • sportif;
  • familial;
  • culturel ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique;
  • concourant à la diffusion de la culture, de la langue ou des connaissances scientifiques françaises;
  • concourant à la défense de l’environnement naturel.

Selon l’administration fiscale, la condition d’intérêt général est remplie si l’activité de l’organisme n’est pas lucrative, si sa gestion est désintéressée. En outre, il faut qu’aucun avantage ne soit procuré à ses membres. L’organisme ne doit pas fonctionner au profit d’un cercle restreint de personnes.

La loi n°2003-709 du 1er août 2003 relative aux mécénats, aux associations et aux fondations a grandement contribué au développement du mécénat en France.

En effet, elle a mis en place un dispositif fiscal incitatif dont voici les points principaux:

  • une réduction de l’impôt sur les sociétés de 60% du montant des dons aux oeuvres et organismes d’intérêt général, dans la limite d’un plafond de 0,5% du chiffre d’affaires H.T. avec la possibilité de reporter l’excédent sur les cinq exercices suivants en cas de dépassement de ce seuil;
  • des contreparties en communication et relations publiques pour l’entreprise plafonnée à hauteur de 25% du montant du don. La valeur des contreparties doit demeurer dans une disproportion marquée avec le montant du don. Par exemple: l’utilisation de la marque de l’entreprise ou de sa dénomination sociale dans la communication de l’opération culturelle, la distribution d’entrées gratuites, la mise à disposition d’espaces, etc…;
  • une réduction d’impôt de 90% du montant du don pour l’acquisition d’un « trésor national » ou d’une « œuvre d’intérêt patrimonial majeur » au profit d’une collection publique, ou de 40% si un trésor national est acquis par l’entreprise pour son propre compte.

Par ailleurs, il convient de rappeler que des mesures spécifiques ont été prises en faveur:

  • de l’art contemporain, du patrimoine, de la musique (1),
  • du spectacle vivant (2),
  • de la sauvegarde et de l’enrichissement des collections publiques (3).

1-  S’agissant des acquisitions d’oeuvres d’art contemporain, d’instruments de musique par les entreprises:

Les entreprises peuvent déduire le montant du coût des oeuvres originales achetées si leur résultat est imposable.

La déduction fiscale est répartie sur 5 ans.

Il faut impérativement que les oeuvres soient exposées dans un lieu accessible au public et/ou aux salariés, et non dans des bureaux fermés, pendant la période d’acquisition et les cinq années suivantes.

Les instruments de musique devront être prêtés à titre gratuit à des interprètes professionnels, à des étudiants de conservatoires nationaux supérieurs de Paris ou de Lyon ou à des écoles supérieures de musique.

2- s’agissant du soutien au spectacle et aux expositions d’art contemporain:

Les organismes publics ou privés dont la gestion est désintéressée et qui ont pour activité principale: la présentation au public d’oeuvres lyriques, musicales, dramatiques, chorégraphiques, cinématographiques et de cirque, l’organisation d’exposition d’art contemporain, peuvent bénéficier, même s’ils sont assujettis à la TVA et aux autres impôts commerciaux, du régime général du mécénat susmentionné à condition que les versements soient affectés à cette activité.

J’attire votre attention sur le fait que les organismes constitués en sociétés sont exclus de ce dispositif, exception faite des sociétés dont le capital est entièrement public.

3- s’agissant de la conservation des monuments historiques privés:

Le régime général de réduction d’impôt pour le mécénat s’applique aux dons des entreprises et des particuliers destinés à financer des travaux de conservation, de restauration et d’accessibilité au public des monuments historiques privés.

Enfin, le législateur a prévu en plus des financements en numéraire, d’autres moyens pour les entreprises de faire du mécénat. En effet, elles pourront apporter des moyens (produits ou services) à la cause qu’elles entendent soutenir. Il s’agira pour elles d’apporter un mécénat en nature ou un mécénat de compétence:

  • le mécénat en nature:  les textes disposent que l’apport de l’entreprise devra être valorisé au prix de revient ou à la valeur nette comptable pour les éléments inscrits à l’actif de l’entreprise.
  • le mécénat de compétence: de nombreux artistes s’entourent d’une équipe d’artisans et de spécialistes afin de concrétiser des projets d’envergure. L’équipe choisie par l’artiste sera rémunérée après avoir signée une convention dans laquelle il conviendra de préciser la contribution de compétences. Il est conseillé d’annexer un cahier des charges détaillé. Pour le prestataire de services, sa prestation sera qualifiée de prêt de main d’oeuvre. Il faut savoir que seront comptabilisés les coûts salariaux (salaires plus charges) des personnels qui auront oeuvré au titre de ce projet.

En conclusion sur le mécénat de compétence, il convient de rappeler que si le contrat n’est pas conclu à titre onéreux, le contrat de mécénat au profit d’une personne publique ne sera pas qualifié de contrat de la commande publique.

ART ET RESEAUX SOCIAUX- AI WEIWEI A VIENNE

L’artiste Chinois Ai Weiwei, né en 1957, sera exposé prochainement à Vienne du 14 juillet au 20 novembre 2016 pour une grande exposition intitulée « Translocation-Transformation ».

Pour la star chinoise de l’art contemporain, « tout est art et tout est politique ». Il ajoute « je ne me soucie pas de savoir si ce que je fais relève ou non de ce que l’on appelle l’art. Mon but est de communiquer avec le regardeur ».  (Magazine M, 9 janvier 2016 « L’art du combat ».

Après avoir été emprisonné à Pékin, il a fuit pour s’installer à Berlin. Il enseigne à l’Université des Arts de Berlin. Le 12 mai 2008, un tremblement de terre a frappé la région de Sichuan qui a tué 90 000 personnes et a entraîné le déplacement de la population. La police chinoise a rendu le blog de l’artiste inaccessible car il avait publié les noms des jeunes victimes du séisme. Il dénonçait, en outre, les conditions de construction des bâtiments et la corruption des entreprises et des politiques. Face à la censure, il décide de créer. Une journaliste réalise un documentaire « Never Sorry » sur son combat politique.  Alison Klayman recevra de nombreuses distinctions pour son travail qui sera salué par la critique internationale en 2012 et 2013. Vous pouvez consulter sur ce site Internet les informations concernant « Ai Weiwei, Never Sorry » http://www.aiweiweineversorry.com

De son emprisonnement, il tire les scènes SACRED, un diaporama autobiographique qui a été exposé à la Biennale de Venise en 2013. Rappelons qu’en 2010, une de ses oeuvres a été détruite car il était considéré comme « dangereux » : son image était appréciée par les jeunes qui le suivaient sur Internet et les réseaux sociaux. Il décide de récupérer les débris de son oeuvre et de reconstruire une oeuvre qui sera exposée en 2015 à la Royal Academy of Arts à Londres. Aucun grand musée parisien ne l’exposera. Ses grands cerfs-volants d’oiseaux et des dragons en fibres de bambou ont toutefois été exposés au Bon Marché au début de l’année 2016.

L’artiste chinois nourrit une grande admiration pour Marcel Duchamp et le ready-Made mais il indique que le déclic artistique a surtout été produit par Internet qui marque un tournant dans son art. Il déclare qu’Internet a tout changé dans sa vie. « Il m’a nourri, m’a ouvert des espaces où je n’aurais jamais imaginé aller ». Il ajoute dans cette interview pour M, le magazine du Monde, publiée en début d’année, qu’avant 40 ans, et l’accès à Internet en 2000, il était sans direction. L’artiste considère qu’il doit beaucoup aux réseaux sociaux qui sont sources d’inspiration. Ils l’aident à comprendre le monde qui l’entoure, à avoir conscience de la souffrance pour la transformer en art et faire de ce dernier un pouvoir.

L’exposition à Vienne qui débutera le 14 juillet 2016 témoigne de son engagement pour les réfugiés. Vous pouvez consulter ce site Internet pour plus d’informations sur l’exposition http://aiww.21erhaus.at/?gclid=CO_H58yWm80CFbgy0wodJbMHIA

 

Andy WARHOL à Metz et à Paris, de l’underground aux shadows…

WARHOL AU CABINET

Le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris exposera à partir du 2 octobre prochain, la plus grande installation jamais réalisée par Andy WARHOL, « Shadows ». De nombreuses photographies sérigraphiées en couleur par l’artiste, conservées à New York à la Dia Art Foundation, exposées plusieurs fois aux Etats-Unis, le seront pour la première fois en France. L’exposition devrait permettre de découvrir une facette moins connue de l’artiste Pop Art, qui se jouait des codes et de sa propre image, à travers plus de 200 oeuvres sélectionnées.

Andy WARHOL est actuellement, depuis le 1er juillet, mis à l’honneur par le Centre Pompidou-Metz grâce à la commissaire de l’exposition intitulée « Warhol Underground », Emma Lavigne. Elle évoque les relations entre Andy Warhol, Bob Dylan et le Velvet Underground dans plusieurs interviews publiées ces derniers jours.  Warhol disait « je n’ai jamais voulu être peintre, j’ai toujours voulu être danseur de claquettes ». Une provocation pour ne pas être réduit à la dimension picturale qui l’a fait connaître?

Peut-être mais il ne fait nul doute que ses passions pour la danse et la chorégraphie sont transposées dans ses oeuvres picturales, et ce, dès la fin des années 60. Ensuite, il va jusqu’à produire des clips et créer au début des années 80 sa propre chaîne de TV câblée, Andy Warhol TV. WARHOL, l’artiste qui savait certainement le mieux utiliser tous les médias  de l’époque pour mettre en scène sa vie mondaine et son Art ainsi que ceux qu’il appréciait.

J’avoue être fascinée par cet artiste qui ne finit pas de m’étonner part son immense talent protéiforme.

Je ne sais pas pour vous mais à défaut de pouvoir faire l’acquisition d’un « Warhol« , malheureusement inaccessible (certaines de ses oeuvres ont été vendues plus de 70 millions de dollars chez Christie’s à New York), je ne vais pas résister à faire un petit tour cet été par Metz avant de commencer l’automne à Paris avec Warhol et ses « Shadows« …

Belles visites à tous!

 

 

« Achetez de l’Art !  » lance un guide numérique

Le site Internet « Achetez de l’Art ! » vient de mettre en ligne un nouveau guide qui a suscité mon intérêt. Vous qui me lisez et aimez l’art, vous aurez peut-être envie de l’enrichir et/ou de vous y référer avant vos nouvelles acquisitions.

Le fondateur de la campagne « Achetez de l’Art !», Guillaume HOREN, poursuit sur sa lancée innovante en créant une plateforme de partage d’avis sur ce site Internet qui a pour objet de promouvoir l’art et les acteurs du marché de l’art.

Ce nouveau guide numérique répertorie et affiche les différents sites Internet sur lesquels il est possible d’acheter et de vendre des œuvres d’art. Il permet à la fois de donner son avis sur ces sites et de consulter les avis et conseils d’internautes qui ont déjà acquis au moins une œuvre sur ces sites. Le guide vient compléter utilement les divers conseils que le site donne déjà à tous ceux qui s’intéressent à l’acquisition d’œuvres d’art.

Ainsi, que vous soyez un collectionneur aguerri ou un amateur curieux, ce guide d’achat pourrait vous donner de nouvelles pistes pour enrichir votre collection voire peut-être vous inciter à faire le grand pas et « acheter de l’art  » sur la toile pour la première fois.

Je vous encourage donc à aller découvrir ce guide. En le complétant par vos avis, vous participerez au mouvement « Achetez de l’art ! » qui prend une ampleur considérable depuis le début de l’année 2015.

Si vous ne connaissez pas encore la campagne « Achetez de l’art ! » lancée en juin 2014 par Guillaume HOREN, vous pouvez lire le manifeste du mouvement à l’adresse suivante : http://achetezdelart.com/manifeste/.

Vous découvrirez notamment que vous pouvez soutenir son projet en portant un sticker « Achetez de l’art », comme je l’ai fait devant une photographie de l’artiste ORLAN « Quand je serai grande, je serai collectionneuse », ou en l’affichant dans un lieu en lien avec l’art.

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Vers un droit de suite aux Etats-Unis?

Le droit de suite est le droit qui permet à l’auteur d’une œuvre graphique ou plastique originale de percevoir un pourcentage du prix de revente de ses œuvres lorsque la vente est effectuée par l’intermédiaire d’un professionnel du marché de l’art.

 Le droit de suite existe en France depuis 1920. On raconte qu’il a été adopté par le législateur qui se serait ému du fait que la revente de L’Angélus, peint en 1857 par Jean-François Millet, avait considérablement enrichi le propriétaire de l’œuvre alors même que la famille de Millet vivait à la même époque dans la misère.

En 2001, le cadre du droit de suite est aujourd’hui en grande partie harmonisé à l’échelle européenne par la directive 2001/84/CE dite « droit de suite », mais certaines modalités sont précisées par le droit national. Le droit de suite tel que garanti par cette directive a été transposé en droit français à l’article L.122-8 du Code de la propriété intellectuelle (CPI) en 2006.

 Le droit de suite revient aux artistes ressortissant d’un Etat membre de l’Union européenne ou d’un Etat partie à l’accord sur l’Espace économique européen. En France, le droit de suite peut également être accordé aux auteurs étrangers qui ont eu pendant au moins cinq années leur résidence en France et ont participé à la vie de l’art français (article R122-4 du CPI).

Les œuvres concernées par le droit de suite sont les œuvres graphiques et plastiques (telles que des tableaux, collages, peintures, dessins, gravures, estampes, lithographies, sculptures, tapisseries, céramiques, verreries et photographies) qui sont originales. Pour être considérées comme des « œuvres originales » au sens juridique, les œuvres doivent être entièrement créées par l’artiste lui-même ou alors être réalisées en quantité limitée par l’artiste ou sous sa responsabilité. Les sculptures doivent par exemple être limitées à douze exemplaires et les photographies à trente exemplaires.

Conformément à l’article 4 de la directive 2001/84/CE, le taux du droit de suite s’échelonne de manière dégressive de 4% à 0,25% en fonction du prix de vente de l’œuvre et le total de la somme due est plafonné à 12 500 euros. Pour la première tranche de prix de vente de l’œuvre allant jusqu’à 50 000 euros, le droit de suite s’élève à 4%. Pour les ventes d’un montant supérieur, le taux décroît selon cinq tranches de prix de vente. Le barème est prévu à l’article R.122-6 du CPI. En France, le droit de suite concerne seulement les ventes d’œuvres graphiques et plastiques dont le montant est supérieur ou égal à 750 euros (article R.122-5 CPI). Ce seuil d’application du droit de suite varie selon les Etats membres.

 Le droit de suite est à la charge du vendeur, mais la responsabilité du paiement de ce droit revient au professionnel qui intervient à la vente. Avant la transposition de la directive 2001/84/CE, le droit de suite n’était appliqué en France qu’aux ventes aux enchères publiques. Depuis 2007, le droit de suite concerne toutes les ventes au cours desquelles intervient en tant que vendeur, acheteur ou intermédiaire, un professionnel du marché de l’art. Si un professionnel tel qu’un courtier intervient à la vente, le particulier qui vend l’œuvre peut donc être redevable du droit de suite. Cependant, il incombe au professionnel de s’assurer que ce droit est payé. A défaut, il risquerait une amende pour les contraventions de 3ème classe (actuellement 450 euros).

Le droit de suite est un droit d’auteur classé par le code de la propriété intellectuelle parmi les droits patrimoniaux. Cependant, ce droit est quelque peu particulier. Tout comme les droits patrimoniaux de reproduction et de représentation, le droit de suite dure jusqu’à 70 ans après la mort de l’artiste, mais il est inaliénable comme les droits moraux. En effet, ni l’artiste ni ses ayants droits ne peuvent céder ce droit de suite. En revanche, ils peuvent confier la gestion de ce droit à une société de perception et répartition de droits, telles que l’ADAGP ou la SAIF, qui collectera les droits de suite pour le compte de l’artiste ou de ses ayants droit.

Le droit de suite fait régulièrement l’objet de critiques. En 2010 et 2012, le député Daniel FASQUELLE a proposé une loi visant à supprimer l’inaliénabilité du droit de suite et à autoriser la cession à titre gratuit de ce droit. Cependant, l’inaliénabilité du droit de suite est essentielle à la garantie de ce droit et est même prévue par la directive 2001/84/CE. Aussi, il n’est pas étonnant que cette proposition de loi soit restée sans suite…

Le droit de suite est souvent accusé d’être un frein à la vente d’œuvres d’art et notamment d’être responsable du fait que des grandes ventes d’œuvres d’art contemporain d’artistes français n’ont plus lieu en France mais dans des pays qui ne reconnaissent pas le droit de suite ou son équivalent anglo-saxon « Artist Resale Right » ou « Artist Resale Royalties ». Les ventes d’œuvres d’art qui ont lieu à New York échappent par exemple à ce droit de suite.

Cependant, les Etats-Unis pourraient également reconnaître un droit de suite au niveau fédéral. Le dernier projet de loi américain intitulé «  American Royalties Too Act (ART) » n’a pas été adopté par le dernier Congrès américain avant la date limite du 3 janvier 2015, mais un nouveau projet devrait être proposé devant le 114ème Congrès. En effet, Monsieur Bob Goodlatte, président de la commission judiciaire au Congrès américain, a annoncé le 14 janvier dernier que les travaux parlementaires sur la réforme du Copyright seraient continués en 2015. De plus, la reconnaissance du droit de suite fait partie des points de négociation du traité de libre-échange transatlantique (TAFTA/TTIP) entre les Etats-Unis et l’UE dont la conclusion est prévue en 2015. Il est donc possible qu’un droit de suite soit reconnu prochainement aux artistes aux Etats-Unis au niveau fédéral.

 Une telle reconnaissance serait bien évidemment dans l’intérêt des artistes. Ce droit controversé permet de soutenir les artistes et la création d’art contemporain. En effet, les artistes qui créent des œuvres graphiques ou plastiques uniques ou en un nombre strictement limité ne peuvent bénéficier de la même manière que des écrivains ou des musiciens de revenus provenant des droits de reproduction de leurs œuvres. Le droit de suite leur permet donc d’obtenir une rémunération tenant compte de la revente de leurs œuvres et aussi de leur notoriété.

Ayez le réflexe ADAGP!

L’ADAGP ou « Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques » est la société française de perception des droits d’auteur dans le domaine des arts graphiques et plastiques. L’ADAGP permet une gestion centralisée des droits d’auteur pour les auteurs d’oeuvres graphiques et plastiques.

Les auteurs d’oeuvres graphiques et plastiques détiennent sur leurs oeuvres des droits patrimoniaux à savoir des droits de reproduction, des droits de représentation, des droits collectifs et le droit de suite. En pratique, la gestion individuelle de ces droits par un auteur reste difficile compte tenu du nombre de supports et d’exploitations possibles. Aussi, de nombreux artistes choisissent de devenir membre d’une société de perception et de répartition des droits afin qu’elle gère leurs droits patrimoniaux et leur reversent une rémunération.

L’ADAGP représente ainsi plus de 110 000 auteurs dans les différents domaines des arts visuels à savoir la photographie, la peinture, la sculpture mais également la bande dessinée, le design, la création numérique et le street art.

Ce système de gestion centralisée des droits d’auteur présente un intérêt indéniable pour les auteurs mais aussi pour tous ceux qui veulent exploiter une oeuvre graphique ou plastique. Vous pouvez accéder à une banque d’images en ligne afin   de vérifier dans un premier temps si l’oeuvre ou l’artiste que vous recherchez est enregistré dans la base de données. Elle est accessible sur le site Internet de l’ADAGP qui la met à jour régulièrement http://bi.adagp.fr/IB/index.php.

Dans l’hypothèse où l’oeuvre, ou l’artiste recherché, ne serait pas visible dans la banque d’images, vous pouvez contacter l’ADAGP qui est un interlocuteur précieux et pourra par exemple se renseigner auprès d’autres sociétés de gestion des droits, ces sociétés « soeurs » sont à l’étranger. L’ADAGP pourra demander l’autorisation d’exploiter des oeuvres et vous préciser les conditions dans lesquelles l’exploitation peut être faite (supports, tarifs, territoires, durée…). Si l’artiste est enregistré mais pas l’oeuvre que vous recherchez, l’ADAGP pourra alors directement s’adresser à l’artiste  ou aux ayants droit pour obtenir leur autorisation préalable. Parfois un avocat en charge de la protection des droits de propriété intellectuelle d’un artiste, d’une fondation ou d’un fonds de dotation sera votre interlocuteur. Une autorisation de reproduction vous sera remise si l’exploitation que vous envisagiez est acceptée ou un contrat de cession de droits détaillant plus précisément les conditions d’exploitation devra être signé avant toute exploitation. En cas d’exploitation antérieure, il est possible, dans certains cas, notamment pour éviter un contentieux, de régulariser en prévoyant que la cession aura un effet rétroactif à la première date de publication. Une contrepartie financière sera demandée. Cette situation est à éviter car avant la régularisation, vous êtes l’auteur d’un acte de contrefaçon.

En effet, lorsque vous publiez des photographies représentant des oeuvres d’art, ou de manière générale des photographies qui constituent aussi des oeuvres, sans l’autorisation de leur auteur ou de ses ayants droit même sur un site internet personnel non marchand c’est-à-dire grâce auquel vous ne faites aucun profit, il s’agit d’une reproduction non autorisée constitutive d’un délit de contrefaçon. Conformément à l’article L. 335-3 du Code de la propriété intellectuelle est « un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une oeuvre de l’esprit en violation des droits d’auteur, tels  qu’ils sont définis et réglementés par la loi ».  Votre  responsabilité peut être engagée même si vous invoquez la bonne foi, cette dernière étant inopérante en matière de contrefaçon. Il est donc impératif de vous assurer que vous détenez bien les droits sur les images que vous publiez sur des supports papier ou numérique.

 

Street art, entre sanction et consécration…

Le Street art, ou Art urbain, connaît un succès certain auprès du grand public et une reconnaissance grandissante depuis sa naissance, à la fin des années 60. Des expositions, des ventes aux enchères spécialisées ou encore des Prix lui sont aujourd’hui dédiés.

Les artistes du Street Art utilisent différentes techniques, telles que le pochoir, le graffiti, la mosaïque, la calligraphie,  pour faire passer des messages parfois engagés.

Dans les années 2000, le Street Art réinvente ses codes en étant innovant par l’utilisation d’écrans et de lumières, d’applications smartphones, du mapping dans le but de multiplier les moyens d’interagir avec les spectateurs. Certains n’hésitent pas à évoquer un « Street Art 2.0 ».

L’Art urbain connaît donc une véritable consécration artistique. Il est considéré comme un véritable courant qui a ses codes et sa « communauté » d’artistes qui se connaît, se reconnaît. Certains collaborent souvent ensemble.

L’art urbain est-il un art juridiquement consacré ou doit-il être qualifié de vandalisme et donc sanctionné puisque des murs, véhicules et panneaux dans divers lieux sont utilisés comme supports?

En France, le législateur a prévu des sanctions pénales si un graffiti est apposé sur un support sans l’autorisation du propriétaire. En effet, « le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3.750 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger ». La peine peut même s’élever à deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende si la réalisation d’une oeuvre de Street art entraîne « la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui ».

Ainsi, certains artistes n’hésitent pas à solliciter des autorisations avant de réaliser leur oeuvre. Il en est ainsi pour la célèbre MissTic qui réalise des pochoirs sur les murs parisiens notamment, après autorisations préalables des propriétaires.

Les œuvres réalisées par les artistes urbains sont-elles considérées comme des œuvres au sens juridique?

Le droit d’auteur ne porte aucun jugement de valeur sur les œuvres. Les dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) «protègent les droits des auteurs sur toutes les œuvres de l’esprit quels qu’en soit le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination» conformément à l’art. L. 112-1 du CPI.  L’originalité est la condition nécessaire et suffisante pour bénéficier de la protection du droit d’auteur.

Ainsi, les œuvres des artistes urbains sont protégées par le droit d’auteur dès leur création dès lors qu’elles sont originales, c’est-à-dire qu’elles portent l’empreinte de la personnalité de leur auteur.

Notons qu’il y a peu de décisions rendues concernant la protection de  ces œuvres et des graffitis car beaucoup sont illicites.  Le Street art pose un véritable problème de conflit entre le droit de propriété et le droit d’auteur. Quel droit doit être le plus fort? Le législateur n’a pas tranché cette question, il n’a pas prévu de dispositions spécifiques pour les œuvres du Street art. La jurisprudence ne nous éclaire pas plus avec des exceptions.

Récemment, l’artiste franco-suisse Monsieur CHAT qui avait réalisé des têtes de chat, en août 2014, sur les murs de la station Châtelet, en rénovation,  avait été assigné par la RATP, sans doute lasse de dépenser des sommes importantes chaque année pour enlever toutes sortes de tags. Un vice de forme ayant été soulevé, les poursuites ont été annulées en octobre 2014, la question de savoir si ce tag doit être qualifié d’acte de vandalisme ou non n’a donc pas été tranchée…

Pour éviter des poursuites et des sanctions pénales, les artistes urbains devraient donc demander des autorisations préalables aux propriétaires des murs. Or, j’y vois un certain paradoxe puisqu’il s’agit d’un art spontané et éphémère. Certains artistes urbains ne souhaitant plus voir leurs œuvres détruites, plus ou moins rapidement, décident de quitter la rue… Le premier a l’avoir fait fût Keith Haring qui a beaucoup œuvré dans les rues et le métro New Yorkais pour finalement connaître un grand succès lors de la première exposition personnelle en 1982 à la galerie Tony Shafrazi de New York.

Gregos-CNART

L’artiste Gregos a exposé, à la Maison du Barreau, en octobre 2013, ses visages en bronze, en plâtre et en cristal, que vous avez déjà pu découvrir sur les murs parisiens ou ailleurs. Une oeuvre de l’artiste MissTic, représentée par la galerie Lélia Mordoch, était également présentée, lors de cette exposition que j’avais organisée sur le thème de l’empreinte.

CNA’RT 2013, 2ème édition.

Jeff KOONS: hommage ou plagiat d’oeuvres contemporaines? Inspiration ou contrefaçon?

Deux oeuvres de Jeff KOONS qui avaient été sélectionnées pour la rétrospective qui lui est dédiée à Pompidou du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015 ont fait couler beaucoup d’encre dans la presse.

La première oeuvre « Fait d’hiver » et la seconde oeuvre « Naked » font partie de la série de Jeff KOONS intitulée « Banality ».

La première est une sculpture en porcelaine réalisée en 1988, elle représente un cochon venant secourir une femme allongée dans la neige. A peine exposée, elle a été retirée car Franck Davidovici reprocherait à cette sculpture d’imiter une de ses campagnes publicitaires de 1985 qu’il avait réalisée pour la marque Naf Naf.

La seconde oeuvre qui est une sculpture en porcelaine intitulée « Naked » représente deux jeunes enfants nus et ne sera vraisemblablement jamais exposée durant cette rétrospective car elle était en transit entre la France et les Etats-Unis lorsque la femme du photographe, Jean-François BAURET (décédé en janvier 2014), aurait assigné Jeff KOONS pour plagiat. Elle lui  reprocherait d’avoir réalisé cette sculpture en imitant le cliché du photographe.

La démarche de Jeff KOONS, comme celles d’autres artistes d’art contemporain, repose principalement sur la référence à d’autres oeuvres. L’artiste américain a, d’ailleurs, déjà été assigné en contrefaçon aux Etats-Unis à la suite de l’exposition de certaines oeuvres de cette série « Banality ». Ces oeuvres s’inspirent d’oeuvres existantes réalisées à partir d’objets du commerce. Elles s’inspirent également des photographies publiées dans la presse.

Ces oeuvres qui s’inspirent directement d’oeuvres tout en les adaptant à un nouveau support illustrent certaines des difficultés du droit d’auteur à distinguer entre l’emprunt autorisé et la contrefaçon sanctionnée.

Plusieurs questions se posent:

-Un artiste peut-il réaliser une oeuvre en s’inspirant d’une oeuvre d’un autre artiste, sans solliciter son autorisation?;

-Comment délimiter la frontière entre l’inspiration et la reproduction? Comment faire la différence entre l’inspiration et la contrefaçon?

-Quand peut-on retenir la qualification de plagiat?

Rappelons tout d’abord que le plagiat, qui se définit de manière générale comme la reprise du contenu d’une oeuvre d’un tiers, n’est pas en soi un concept juridique, et n’est sanctionné que s’il est constitutif du délit de contrefaçon.

L’article L. 122-4 du Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) prévoit que « Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque » est un acte de contrefaçon.

Cependant, afin de sanctionner la contrefaçon, il faut déterminer si les éléments reproduits ou adaptés sont bien protégés par le droit d’auteur. Il faut notamment établir s’il y a seulement reprise d’une idée ou s’il y a reprise de la forme sous laquelle est exprimée cette idée. En effet, conformément à l’interprétation jurisprudentielle de l’article L. 111-1 du CPI, seule l’expression matérielle des idées concrétisée par la réalisation d’une ouvre est protégée par le droit d’auteur. La seule reprise de l’idée d’un artiste n’est pas contrefaisante.

Les oeuvres de Jeff KOONS qui reproduisent et adaptent sous forme de sculpture des photographies et images connues reprennent-elles principalement l’idée des artistes ou peut-on considérer qu’elles reprennent véritablement la forme de ces oeuvres?

Pour trancher la question de la contrefaçon, il faudra tenir compte de l’étendue et de l’importance du contenu emprunté c’est-à-dire rechercher si ce contenu est original et reflète la personnalité de son auteur. Il semblerait que les oeuvres de Jeff KOONS ne reprennent pas seulement l’idée générale des oeuvres mais reprennent volontairement des éléments marquants de la forme de ces oeuvres.  Les juges français pourraient retenir la contrefaçon…

Néanmoins, si l’on considère que les oeuvres litigieuses constituent bien des reproductions ou adaptations d’autres oeuvres, il faut ensuite se demander si ce type d’imitation n’est pas autorisé sur le fondement de l’exception au droit d’auteur comme le droit de parodie. En effet, l’article L.122-5 du CPI prévoit que « lorsque l’oeuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire: (…) 4- la parodie, le pastiche et la caricature compte tenu des lois du genre (…) ».

L’équivalent de cette exception en droit américain, appelé « Fair Use », a été soulevée par Jeff KOONS devant les juridictions américaines. Toutefois, les juges américains n’ont pas toujours tranché en sa faveur. En effet, il aurait perdu deux des trois actions en contrefaçon intentées à son encontre aux Etats-unis.

Si les procédures judiciaires concernant les oeuvres intitulées « Fait d’hiver » et « Naked » sont menées jusqu’à leur terme, c’est-à-dire qu’aucune médiation ou transaction n’interrompt les procédures  en cours, il sera intéressant de connaître la décision des juges français sur l’application de la qualification du délit de contrefaçon.